Stabat Mater Furiosa

[Dossier]

Ce matin-là, lorsqu’un coq annonça sobrement le point du jour, le vent ne souffla plus, on entendit fleurir un amandier, et Henri Bosco, de retour du Maroc dans son cher Luberon, écrivit brusquement : « Peut-être la paix est-elle plus que le bonheur. »

Eduquer à la Paix : voilà ce que je veux faire au théâtre.

La Paix, qui n’est pas la négation de la guerre ni le calme doucereux avant la tempête, ne se déploie pas dans le silence emmiellé des froussards. La Paix est une manœuvre continuelle, une courageuse aventure avec ses chances et ses périls. Inspirer une révolte pour la Paix, voilà mon combat (absurde).

Stabat Mater Furiosa est le cri d’une mère révoltée, dressée face à la guerre et ceux qui la font. Désespérée, sa prière est noire. Elle s’adresse à chacun de nous, frères et soeurs de la chiennerie – en chacun de nous sommeille un homme de guerre.

Depuis ma première lecture persiste l’image d’une femme debout dans les décombres. Je ne parviens pas à m’en défaire. Il y a de la terre, de la poussière, du sable, des rochers. Il y a le cadavre d’un guerrier, dont on se demande s’il se relèvera. Et une voix.

Qu’on ne puisse se dérober

Qu’on ne puisse baisser les yeux

Mais qu’on rêve
Mais qu’on se dresse
Sans fierté
Sans assurance
Qu’on apaise
Qu’on doute

Matthieu Loos