Stabat Mater Furiosa

[Dossier]

Ce matin-là, lorsqu’un coq annonça sobrement le point du jour, le vent ne souffla plus, on entendit fleurir un amandier, et Henri Bosco, de retour du Maroc dans son cher Luberon, écrivit brusquement : « Peut-être la paix est-elle plus que le bonheur. »

Eduquer à la Paix : voilà ce que je veux faire au théâtre.

La Paix, qui n’est pas la négation de la guerre ni le calme doucereux avant la tempête, ne se déploie pas dans le silence emmiellé des froussards. La Paix est une manœuvre continuelle, une courageuse aventure avec ses chances et ses périls. Inspirer une révolte pour la Paix, voilà mon combat (absurde).

Stabat Mater Furiosa est le cri d’une mère révoltée, dressée face à la guerre et ceux qui la font. Désespérée, sa prière est noire. Elle s’adresse à chacun de nous, frères et soeurs de la chiennerie – en chacun de nous sommeille un homme de guerre.

Depuis ma première lecture persiste l’image d’une femme debout dans les décombres. Je ne parviens pas à m’en défaire. Il y a de la terre, de la poussière, du sable, des rochers. Il y a le cadavre d’un guerrier, dont on se demande s’il se relèvera. Et deux voix.


Dire le texte à l’unisson en français et en arabe.
Notre pays est piégé dans un filet identitaire complexe, lacé notamment dans son histoire avec certains pays arabes et leur culture. Et puis, ce texte est le cri d’un poète français, couché d’un seul trait lors d’un voyage au Liban. Ce contexte particulier de l’écriture ne peut pas être sans résonance. Je souhaite donc articuler le poème en deux langues : français et arabe. Deux actrices, l’une arabophone (Sonia Zarg Ayouna) et l’autre francophone (Elise Dano), oeuvrent ensemble.

Matthieu Loos

— Stabat Mater Furiosa —
de Jean-Pierre Siméon

« on n’entend pas le pas d’un homme qui va à son travail
et quand un homme court vers ce qu’il aime
c’est son souffle qu’on entend
mais quand la foule des guerriers se met en chemin
c’est son pas d’abord qu’on entend
son pas qui martèle
oui les coups de marteau sur la terre
le pas qui frappe et dit je suis là je suis partout »

En français et en arabe tunisien (traduction de Sonia Zarg Ayouna)

Avec : Elise Dano, Sonia Zarg Ayouna et Clément Victor
Scénographie : Rodrigue Glombard
Lumières : Mikaël Gorce
Musique : Cécile Wouters
Mis en scène : Matthieu Loos